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2022/03/05

J’ai panique morale que est en mesure de susciter Tinder et autres applications de rencontre est nulle et non avenue.

Temps de lecture: 9 min

Dans le Manhattan Plusieurs annees 1860, les jeunes messieurs et demoiselles en quete tout d’un peu de griserie pouvaient pousser la porte de la petite papeterie de quartier, ouvrir le carnet d’apparence anodine pose via le comptoir et griffonner un message destine tout le monde les inconnus alors dans la confidence.

Lorsqu’un tel carnet tomba entre les mains de George Ellington, le chroniqueur mondain new yorkais allait y trouver, page apres page, les mots d’individus parlant d’eux-memes a la troisieme personne:

«Mademoiselle Annie B. –jeune femme d’excellente famille, probablement tres talentueuse et d’un temperament affable, souhaite echanger cartes de visite avec un “gentil” monsieur.»

«S.J. A. –un petit homme bien mis de sa personne, mais neanmoins enormement d’esprit.»

«Blanche G. –une tres jolie fille, 20 annees, pleine d’esprit. Vise a correspondre, a se distraire et a satisfaire a la curiosite de voir combien de messieurs seront assez sots pour repondre a ceci.»

«James P. –monsieur tres engageant, de 35 annees, recherche a correspondre avec mousemingle une jeune femme aux yeux bleus et aux cheveux clairs. Devra etre grosse, nullement plus jeune que 25 ans sans depasser des 40. Le charme reste preferable a Notre beaute. Doit avoir du type.»

Sous chaque annonce, l’auteur avait note l’adresse du bureau de poste le plus proche. Ainsi, si un monsieur se trouvait transporte via l’ecriture de Blanche G. ou d’Annie B., il pouvait envoyer un post secret au sein d’ cet etablissement et empi?cher que son pere ne l’intercepte. Comme nombre d’hommes de son epoque, Ellington ne pensait nullement les femmes capables d’envoyer ou d’avoir du courrier. A chaque tournee postale, 1 homme malfaisant se voyait offrir une nouvelle occasion d’enchainer une innocente jeune femme au «vice de la correspondance clandestine».

A l’aube de l’apocalypse d’la drague

Cette entreprise de petites annonces, vilipendait Ellington, ne pouvait attirer qu’une «certaine classe d’individus de la metropole –notamment celle qualifiee de demi-monde, faite d’hommes ainsi que femmes presses enclins a une vie rapide». Ellington, Afin de qui nos hommes n’etaient malgre tout guere dignes de mention, noircit 650 pages de l’ensemble de ses opinions i  propos des femmes qu’il pensait detruire la fibre morale de la societe avec leurs manieres de prostituees. Meme si ces jeunes femmes semblaient «de l’exterieur s’amuser de leurs eventuelles activites nocturnes», il des diagnostiquait fondamentalement comme «blasees et fatiguees de tout». Le titre de le livre: les femmes de New York.

Est-ce que tu penses vouloir que je t’etrangle pendant que je te baise, que je t’attache, que je te gifle, que je te defonce la bouche et que je te jute dessus?

Quasiment cent cinquante annees plus tard, une autre specialiste de la societe new yorkaise decouvrait un nouvelle reseau de rencontres permettant a de jeunes femmes de ruiner l’Amerique en faisant du sexe avec d’affreux bonshommes. La chose s’appelle Tinder et, comme le raconte Nancy Jo Sales de Vanity Fair, les dizaines de millions d’utilisateurs de l’application hatent la survenue de «l’aube de l’apocalypse d’la drague» a chaque fois que un doigt glisse dans un ecran. Dans une telle bouche de l’enfer concernant smartphones, de jeunes hommes et de jeunes femmes interagissent exclusivement a base d’echanges SMS distendus qui culmineront dans une portion de «sexe porno» alcoolise, accompagne de sa garniture de dysfonctions erectiles precoces.

Petites annonces epicees

Pour peindre 1 tel tableau, Sales se moque de la enquete statistiquement representative et publiee dans un journal peer-reviewed montrant que la generation Y a moins de partenaires sexuels que les generations precedentes, pour se focaliser dans l’opinion d’un unique psychologue qui estime qu’apres avoir fera «bombance» de partenaires sexuelles trouvees sur Tinder, les jeunes hommes en sont venus a souffrir de la «sorte d’obesite psychosexuelle» qui les empeche de ne pas se comporter comme des connards.

Mes petites annonces d’aujourd’hui sont sans doute plus epicees que leurs ainees –sur OkCupid, votre type a recemment ouvert les hostilites de la sorte: «Est-ce que tu penses vouloir que je t’etrangle pendant que je te baise, que je t’attache, que je te gifle, que je te defonce la bouche et que je te jute dessus?» Mais la panique sexuelle et technologique sous-jacente ressemble etrangement a sa version victorienne. Quelques jours apres la publication de l’article de Vanity Fair, Naomi Schaefer Riley du New York Post faisait sienne l’invective de Sales contre Tinder dans une chronique qui canalisait habilement la ferveur d’Ellington: «Tinder reste occupe i  dechiqueter la societe», annoncait Riley. Le couplage hetero reste «tombe au plus bas». Bientot, le reve americain fera de «bonnes etudes, d’un bon taf, d’un bon mariage, [et] d’enfants» se verra annihile par «dix annees de glissement de doigt pour du sexe».

La romance electrique et Notre fin de l’innoncence

Mes oracles mediatiques prophetisent votre prochaine apocalypse romantique depuis le premier envoi de la requi?te en mariage avec telegraphe, dans une bourrasque de lignes et de points. Mais apres le telegraphe, il y eut le portable, les services de rencontre et PlentyofFish, et tous furent incapables de detruire le rituel d’accouplement heterosexuel. Je parie qu’en 2025 nous vivrons encore dans un monde rempli de familles ayant des enfants. Nous sommes deja passes avec la. Alors pourquoi des technologies nouvelles reussissent toujours a activer cette belle agee panique sexuelle?

Mes technophobes ont raison parce que votre moment de l’innocence n’a jamais veritablement existe

Deja, parce que la memoire culturelle est une feignasse. Quand Sales se requi?te: «L’accessibilite immediate de partenaires sexuelles permise par des applications de rencontre peut-elle inciter les hommes a moins respecter les femmes?», elle parai®t oublier combien des hommes ont pu ne point respecter leurs partenaires sexuelles a tous des stades de l’histoire americaine. Certes, Il semble degueulasse de voir, en 2015, un utilisateur de Tinder comparer ses conquetes sexuelles a d’la bouffe commandee concernant Internet, mais la chose est tout aussi degueulasse en 2002, lorsqu’un autre type comparait sa pratique des e-boutiques de rencontre avec des jouets achetes via eBay. En 1988, dans son livre When Old Technologies Were New [au moment oi? les vieilles technologies etaient nouvelles], la professionnel des communications Carolyn Marvin souligne que les technophobes ont tendance a craindre que la «romance electrique», une fois declenchee, ne puisse plus jamais repasser a «un etat plus lent et plus innocent». Ils ont raison –notamment parce que votre moment de l’innocence n’a jamais veritablement existe.